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Le site :

Le site de Soisy-sur-Ecole se trouve très proche (environ 1.5 km à l’Est) du croisement de deux voies historiquement importantes :

-d’une part la voie Est-Ouest de Melun à la Ferté-Alais et Etampes : il s’agit d’une ancienne voie Romaine, qui suivait à peu près le tracé des D24 et D83 actuels, et le long de laquelle ont été trouvés des cercueils de pierre.


-d’autre part l’ancienne grand-route Nord-Sud de Paris à Lyon qui, pour contourner la forêt de Bière, reliait  Essones (aujourd’hui incorporé à Corbeil-Essonnes) à Milly-la-Forêt, puis rejoignait Nemours en passant par la Chapelle-la-Reine, suivant à peu près le tracé actuel des D 948 et D16. C’est à Louis XIV seulement, au XVII ème siècle, que remonte la création d’une route importante passant par Fontainebleau, par où transita dès lors le trafic de Paris à Lyon entre Essonnes et Nemours.


Une déviation locale Nord-Sud desservait Soisy depuis cette ancienne grand-route, et une croix marque encore son croisement avec la voie de Melun à la Ferté-Alais: le socle de grès de cette croix, située sur l’actuelle place du Monument aux Morts, date du XVI ème siècle et possède une inscription qui n’est malheureusement guère lisible aujourd’hui. (1)

La présence de ces voies très anciennes, et le toponyme même de Soisy, y laissent supposer l’existence d’une villa Gallo-romaine ; on peut même penser que les bonnes terres limoneuses de la vallée de l’Ecole ont été exploitées dès le néolithique.

Création de la paroisse :

Comme pour la plupart des villages de France, les informations les plus anciennes dont on dispose pour Soisy-sur-Ecole concernent surtout les aspects liés à la religion : église, paroisse, appartenance à tel ou tel couvent ou évêché.
C’est ainsi que l’on trouve une mention de notre village en l’an 984, lorsque l’archevêque de Sens  l’érige en paroisse. (2)
Celle de Soisy est vouée à Saint-Aignan. Quel Saint-Aignan ? Certaines sources la relient à un Saint-Aignan chartrain (1), et il est vrai qu’une église de Chartres porte le nom d’un Saint-Aignan qui en aurait été évêque vers l’an 400, et y est l’objet d’une tradition bien implantée. D’autres sources contestent l’existence d’un Aignan évêque à Chartres et avancent qu’il s’agit en fait d’une référence plus tardive à l’évêque Aignan d’Orléans, qui mourut en 453, fut sanctifié et dont l’existence est avérée (3).
En tout cas, l’archidiocèse de Sens, dont Soisy fait alors partie, est le plus ancien de la Gaule. Il a été constitué sur la base d’une circonscription civile établie par les Romains au milieu du IIIème siècle, sous le nom de la « 4ème Lyonnaise ». Sous les Mérovingiens il a été divisé en  5  archidiaconés, correspondant aux structures administratives (« pays » ou « pagi ») qui divisent alors le territoire de Sens. Le Gâtinais constitue l’un de ces archidiaconés. (4)
La population du village est alors estimée entre 400 et 500 habitants (2); or, en 1793, cette population est recensée pour 433 habitants(1).
Certes, entre ces deux dates que 8 siècles séparent, elle a dû varier avec les guerres, les épidémies, etc… ; mais, « in fine », il est intéressant de constater qu’elle est restée étonnement stable, sans doute liée à la capacité des terres cultivées, l’agriculture ayant été manifestement l’unique ressource du village pendant cette longue période.
Ne bénéficiant ni de foire ni de marché, Soisy-sur-Ecole a donc vécu des produits de ses terres, dont la commercialisation était facilitée par la proximité de la route Paris-Lyon.

Au fil des siècles:

Jusqu'au XI ème siècle, Soisy semble marquer une frontière avancée des possessions de la puissante Maison des comtes d’Anjou, qui va donner à l’Angleterre les rois Plantagenêts. En effet le Gâtinais, dont les limites ont d’ailleurs varié au fil du temps, dépendait des Comtes d’Anjou, sur qui les rois de France n’avaient qu’une suzeraineté très nominale.
Après de nombreuses péripéties et querelles familiales, Foulques IV dit le Réchin, prétendant au Comté d’Anjou, céda le Gâtinais en 1064 au roi de France Philippe 1er  en échange de son appui. Le Comté d’Anjou ne fut lui-même rattaché à la couronne de France qu’en 1204 par Philippe II Auguste.


C’est vraisemblablement après le rattachement du Gâtinais à la couronne que fut entreprise la construction de l’Eglise actuelle, à la fin du XIème ou au début du XIIème siècle ; et la maison Royale s’attribua alors les bonnes terres de Soisy, donnant son nom au premier château des Réaux. Ce domaine, constitué de fermes administrées par un régisseur, fut par la suite sans doute démembré par le futur Charles V, alors régent du royaume, qui devait payer aux Anglais une rançon considérable pour la libération de son père le roi Jean II, fait prisonnier à la bataille de Poitiers, en 1356.
Charles V, devenu roi, très cultivé, fit de son libraire Gilles Mallet le seigneur des Réaux, et dota le couvent des Célestins de Paris du fief de Limery.(1)


Il est très probable que Soisy souffrit de la guerre de Cent ans, car on sait que Milly-la-Forêt, toute proche, et bien que fortifiée, fut occupée par les « Compagnies » anglo-navarraises (troupes de soldats rôdeurs et pilleurs qui sévissaient entre Loire et Seine) en 1358, et prise et incendiée par les Anglais en 1433 (5).
A cette époque, l’administration de haute justice revient à la prévôté de Melun; les fiefs, érigés en seigneuries secondaires, multiplient les moulins sur l’Ecole.
Le pont sur l’Ecole adossé  au Moulin des Réaux, à deux arches de pierre, date du XIII ème siècle ; large pour l’époque, il dessert les champs appartenant alors au seigneur des Réaux de l’autre côté de la rivière (1).

Diverses mentions du passé:

Depuis le Moyen-âge, on trouve diverses mentions de Soisy-sur-Ecole :
-un document de justice fait état d’un jugement en date du 8 Juin 1287 : il en ressort que le Chapitre de « Saint Cépire » de Corbeil (Saint-Spire, qui a donné son nom à une rue du village…) et la « Gent du Roi » (à savoir les prévôts de Melun), se disputaient les biens d’une certaine Eimenjart la Bourjonne, femme (veuve ?) de Guillot Bourrjon, « bastarde »(sic), et décédée « sans héritiers de son corps »
Le Chapitre faisait valoir que ces biens, situés à « Soisi-suz-Escole », dépendaient de « la  terre dudit Chapitre à Soisi », et il eut apparemment gain de cause.
Parmi la longue liste de l’assistance lors de ce jugement apparaît le nom de « Pierre Pustiau, maire (de) Soisi », ainsi que celui de « Jehan Soisi » . (6)
N’oublions pas qu’alors, l’Etat-Civil n’existait pas, et que la plupart des « petites gens » étaient simplement désignés par leur prénom, suivi d’un surnom pour mieux les personnaliser.
L’emploi du mot « maire » ne doit pas étonner : dès le IX siècle on trouve le mot « maior » utilisé pour désigner celui qui administre un village pour le compte du seigneur.
Soisy-sur-Ecole apparaît également sur le texte des  pierres tombales exposées dans notre église.

Au XVII ème siècle, la ferme de Limery, entre Soisy et Dannemois,  est décrite comme « Seigneurie du Grand Limery, avec manoir et colombier à pied, le bois du Petit Limery, le Moulin Neuf, en tout 142 arpents de terre de charrue » (soit environ 60 hectares ; rappelons aussi que seule la noblesse avait le droit d’ériger et d’exploiter des colombiers).
Le Moulin Neuf ayant été construit à partir de 1385, le manoir lui est sans doute antérieur ;
Le fait que ce fief relève du couvent des Célestins à Paris, fondé lui-même en 1352, semble donc conforter la « légende » d’un prieuré à cet endroit, fondation attribuable au don de Charles V mentionné plus haut.(1)

Au XVIII ème siècle la seigneurie des Réaux, réduite au vieux château et à la ferme des Réaux, appartient à la famille d’Averton qui, ruinée, la cède au comte de Cély.
Toujours au XVIII ème siècle, la ferme de Montaquoy est la plus importante de Soisy. Les fermiers qui l’exploitent remplissent cette charge de père en fils. (1) Il est peut-être utile de rappeler qu’un « fermier » n’est pas le propriétaire des terres. Il les exploite, et reverse à leur propriétaire un fermage, ou un loyer, convenu d’avance.
Toujours au XVIIIème siècle Soisy-sur-Ecole apparaît sur la Carte dite de Cassini, relevée peu de temps avant la Révolution. (7)


On voit sur la planche concernée, les noms et symboles de « Soisy sur Ecolle » et son église, « Montaquoy », « Farmeny », le « Vieux Moulin », et « Limery », sans compter bien sûr la « R. d’Ecolle » (Rivière d’Ecolle).
 
Documentation (les renvois numérotés correspondent aux références suivantes) :

(1) : voir le site « http://topic-topos.com/soisy-sur-ecole ».
(2) : on lira avec intérêt l’article écrit par sœur Lydia, archiviste de l’évêché de Versailles, à l’occasion de l’inauguration de la restauration de l’église Saint Aignan de Soisy-sur-Ecole en 1988. Cet article, ainsi que d’autres relatifs à la construction et aux transformations successives de notre église, se trouvent sur un opuscule édité à l’occasion de cette inauguration.
(3) : voir les listes chronologiques d’évêques, par évêché, sur le site de Wikipédia.
(4) : voir le site : « http://gatinais.monsite.wanadoo.fr ».
(5) : voir les remarquables « Recherches historiques sur Milly-la-Forêt », de Leon Marquis, édité par Res Universis.
(6) : le document complet, transposé en un Français ancien mais à peu près compréhensible, est disponible sur le site : « http://elec.enc.sorbonne.fr/cartulaires/sspire/actepdf107/pdf ».
(7) : voir les sites : « http://cassini.seies.net » ou « http://cassini.ehess.fr ».
Nota : César François Cassini appartenait à une famille d’astronomes d’origine italienne. Il réussit en 1747 à susciter l’intérêt du roi Louis XV pour l’élaboration d’une carte générale de la France à des fins civiles et à obtenir un financement ; jusqu’alors, la très grande majorité des cartes étaient dressées à des fins militaires, sans diffusion publique, et étaient loin de couvrir la totalité du territoire. L’échelle choisie fut le 1/86400ème.
En 1756 le roi, qui devait faire face aux dépenses de la Guerre de 7 ans, interrompit le financement, mais Cassini réussit malgré tout  à poursuivre le projet, quoiqu’à un rythme moindre, en obtenant l’aide des « collectivités locales » de l’époque (Provinces, Pays d’Etat, Généralités) qui en comprirent l’intérêt.
Les relevés furent terminés juste avant la Révolution, mais les dernières planches ne furent imprimées qu’en 1815.


Claude Alard, Conseiller Municipal
Novembre 2009