Les bâtiments communaux:

Devenue commune, Soisy se dote d’une mairie, réduite d’ailleurs à une salle communale; elle a plusieurs fois changé d’emplacement,car ce n’était le plus souvent qu’une grande pièce située dans l’école, et on verra que l’école a plusieurs fois déménagé. Dans les années 1900, avant la construction de la mairie actuelle, la « mairie » consistait en une salle d’environ 50 m2 incorporée au rez-de-chaussée de l’école de garçons de l’époque.
Depuis le Concordat (1801), Soisy doit entretenir son Eglise et loger le curé desservant.
Enfin, depuis la loi du 28 juin 1833, la commune a des obligations précises en matière d’instruction primaire (voir plus loin). Elle doit notamment fournir un local de classe et un logement à l’instituteur. On verra qu’à Soisy les problèmes du presbytère et de l’école sont longtemps restés liés.

Par ailleurs, dans la seconde moitié du siècle va se poser la question du déménagement du cimetière.
Ces quatre sujets rassemblent l’essentiel des problèmes liés aux bâtiments communaux. Le budget de la commune est déjà, comme on l’a vu, grevé par l’entretien des chemins ; en ce qui concerne ses bâtiments, elle pare donc souvent au plus pressé et envisage successivement diverses solutions en fonction des opportunités.

L’école et le presbytère:

Dès 1833, donc, le conseil municipal décide d’acquérir un logement pour l’instituteur, mais ne donne pas suite. En août 1836, il décide à nouveau d’acquérir une maison « près de l’église », au prix de 3300 Fr. (voir Rappel), pour y loger l’instituteur. Il est vraisemblable qu’entre-temps, la municipalité a loué une maison. Pour financer cet achat, la commune demande « au gouvernement » une aide de 1300 Fr., et prévoit de payer le reste, soit 2000 Fr., en 6 ans.
Cet achat ne se réalise pas ; en 1837, la municipalité prévoit alors d’acheter une autre maison, plus grande, pour 4500 Fr. payables en 3 ans. On y logera à la fois le curé desservant et l’instituteur. Cette nouvelle décision ne se réalise pas non plus, mais en 1843, le conseil décide d’acquérir une maison pour 3400 Fr. afin d’y installer le presbytère.
En 1839, le conseil estime à 1500 Fr. les besoins pour réparer l’école et la Mairie, et demande (en vain) une aide au gouvernement.

En août 1846, le conseil envisage cette fois la construction d’un bâtiment « convenable » pour y installer la salle de classe et le logement de l’instituteur. Un devis a été préparé, il se monte à 8950 Fr., le conseil demande au gouvernement une aide de 3000 Fr., et prévoit de payer le solde en 6 ans ; il demande aussi l’autorisation de lever un impôt exceptionnel en conséquence.

En 1848, la situation n’a pas bougé ; en mars 1849 la municipalité obtient enfin l’autorisation de la sous-préfecture pour la construction de la « maison d’école », mais entre temps le devis a augmenté et le conseil municipal demande alors un sursis à construire !

L’Inspection de l’enseignement primaire ayant plusieurs fois relancé la municipalité au sujet de ses « locaux indignes », celle-ci décide alors d’acheter une maison connue sous le nom d’« ancien presbytère » pour la transformer en « maison d’école », pour un montant de 4600 Fr. payables en 6 annuités. Une aide est demandée au gouvernement pour le tiers de ce montant.

En août 1850, le conseil municipal demande à nouveau un sursis pour les travaux de transformation de cet « ancien presbytère », « vu le bas prix des grains, et le coût déjà supporté pour l’acquisition ».
En attendant, le conseil décide d’y reloger le curé, et de récupérer le presbytère alors en usage pour y installer la mairie, l’école, et l’instituteur, après exécution d’un minimum de travaux évalués à 800 Fr. (aucun de ces deux bâtiments ne correspond à celui, plus moderne, que nous connaissons aujourd’hui sous le nom de « presbytère »).
Cette dernière proposition est acceptée par le préfet ; elle est mise en oeuvre, et l’ancienne école « indigne » est alors revendue. Le conseil municipal note alors avec satisfaction que « les enfants ne vont plus dans les écoles voisines comme avant »… et demande au préfet une aide de 100 Fr. pour acheter du mobilier.
Après quelques années de calme, les problèmes resurgissent : en mai 1856, le conseil municipal, faute de fonds disponibles, refuse des travaux demandés par le curé pour l’ « ancien presbytère » qui a retrouvé sa fonction première, puis, lors d’une séance extraordinaire, il décide d’envisager des travaux sur l’école et la construction d’une nouvelle mairie ; sans suite…

En Juin 1861, le préfet incite fortement la municipalité à voter un emprunt destiné à la remise en état de l’« ancien presbytère ». La commune s’y résout, vote l’emprunt (4000Fr.) qui devra être remboursé en 4 ans par autant d’impôts extraordinaires, et demande au préfet un «secours» qui sera refusé. Cependant, le ministre des Cultes accorde en juin 1863 une subvention de 900 Fr., l’emprunt est ramené à 3000 Fr., et les travaux de restauration ont lieu.

L’école de filles:

En 1867, nouveau problème pour la municipalité : l’une des dispositions de la loi du 10 avril relative à l’instruction primaire exige l’établissement d’une école « spéciale » de filles, distincte de celle des garçons.

En août de cette année là le conseil municipal constate qu’il ne dispose pas des ressources nécessaires, ces ressources étant accaparées par les chemins vicinaux, et demande un sursis ; en contrepartie, il propose de faire donner aux filles des leçons de « travaux à l’aiguille ». Mais au début de 1868, la commune est mise en demeure de créer cette école de filles séparée.

Elle choisit pour cela un terrain lui appartenant, le « clos des Bordes », constate son impuissance financière à commencer les travaux, et le conseil demande au maire de « faire des économies pour dégager des fonds ». En octobre, confronté aux besoins des chemins vicinaux, et à ceux de l’école de filles, le maire ne peut que constater la situation financière catastrophique de la commune et ajourne toute décision.

La guerre de 1870 aggravera cette situation, et il faudra attendre juillet 1876 et il faudra attendre juillet 1876 pour que le conseil vote la création d’une école de filles, et du logement correspondant, soit par construction neuve, soit par location.
En septembre 1877, on vote l’achat d’un terrain bien situé puisque « près de l’église, prés du presbytère, et près de l’école des garçons » ; en attendant, on louera une maison.

Nouveau rebondissement en décembre de la même année : un certain M. Mignon va ouvrir une école libre, pour filles, dans une autre maison : or, il n’y a pas assez d’élèves pour deux écoles….on craint des désaccords dans le pays, une pétition circule… mais tout s’arrange ; M. Mignon renonce à son projet et accepte même de louer à la commune sa maison en attendant que l’école communale soit disponible.

Le transfert du cimetière:

Comme bien souvent autrefois, le cimetière de Soisy était situé à côté de l’église, vraisemblablement depuis sa construction, là où se situe aujourd’hui la « Place de l’Eglise ».
Tout au long du XIXème siècle, les inconvénients s’en font de plus en plus ressentir. Le cimetière est trop exigu, il empêche le développement du village autour de son centre naturel.
En mai 1849, pour la première fois, apparaît une délibération du conseil municipal demandant la fermeture du cimetière et l’établissement d’un nouveau, mentionnant le « mauvais positionnement » de l’ancien et les « exhalaisons fétides » qui en émanent.

En Mars 1853, le conseil vote l’achat d’un terrain pour le nouveau cimetière ; coût : 1393 Fr., plus les intérêts pour paiement échelonné. Pour financer les travaux, il vote en outre un emprunt de 1000 Fr. (auprès d’un habitant de Soisy), remboursable en 7 ans.

En 1855 l’ancien cimetière est fermé et le nouveau ouvert ; en juin et octobre 1855, la municipalité en établit le règlement et les prix, qui sont fixés à 150 Fr. par m2 pour une concession perpétuelle, 40 Fr. par m2 pour une trentenaire.
En mai 1858, la commune demande au préfet l’autorisation d’ouvrir une rue dans le prolongement de la grand-rue, en traversant l’ancien cimetière, pour relier cette grand-rue à la mairie et à la maison d’école.
Le « registre d’administration municipale » indique qu’en janvier 1861 le sous-préfet d’Etampes a autorisé la conversion de l’ancien cimetière en place publique, et rappelle que les « restes mortels » ont été transférés au nouveau cimetière le 1er juin 1861, et ont été surmontés de la croix de l’ancien cimetière, également transférée. Le registre mentionne qu’elle est en fer, portant la date « 1802 », et qu’elle était posée sur une base en pierre portant l’inscription « 1546 ».
En 1863, la fête patronale de Soisy se tient pour la première fois sur la place publique aménagée sur le lieu de l’ancien cimetière.

En 1867, le conseil constate que le nouveau cimetière est ouvert depuis 12 ans, et que la vente de concessions, sans doute trop chères, rencontre peu de succès ; il diminue donc les tarifs, ce sera désormais 100 Fr. par m2 pour une concession perpétuelle, 30 Fr. par m2 pour une trentenaire, 15 Fr. pour une provisoire.
L’église fait l’objet de peu de dépenses et travaux. Selon les années, l’entretien de l’église et du cimetière est budgété pour 100 à 200 Fr.

En 1867 la commune, constatant l’exiguïté de sa place principale, décide de l’agrandir en récupérant une partie du jardin du presbytère, dont les murs sont d’ailleurs à moitié écroulés.
En juin 1868, on installe une horloge dans le clocher, et en août on remplace et élargit les portes ; en décembre de cette même année, on discute beaucoup pour savoir s’il convient ou non de couper les tilleuls qui ornent la cour de l’église, car ils « coupent la vue ».

De nombreux contentieux, y compris judiciaires, se développent avec des riverains de l’église qui prétendent avoir un droit de passage par sa cour et ont ouvert sans autorisation une porte entre cette cour et leur propriété. (à suivre)
Rappel : il s’agit du « franc germinal », instauré en 1795 (surnommé par la suite « franc-or »), dont la valeur restera stable de 1814 à 1914 mais dont il est très difficile de donner une contre-valeur actuelle en Euro.

Depuis le début du XIXème siècle, les coûts des produits, biens ou services, ont évolué de façons très différentes selon leur nature. De ce fait, la contre-valeur du pouvoir d’achat du franc de cette époque peut varier, selon les cas, de 2 ou 3 Euro à 15 ou 20 Euro, voire beaucoup plus.

Par exemple, comparativement à aujourd’hui, la nourriture, les habits sont très chers ; les chevaux, le bétail sont chers, alors que la main d’oeuvre, la construction (surtout les maisons rurales, très rustiques), sont beaucoup moins chères. On a déjà cité plusieurs exemples, on aura l’occasion d’en citer encore.

Claude Alard, Conseiller Municipal.
Novembre 2011