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Les archives du conseil municipal ne contiennent pratiquement pas d’informations, ou même d’allusions, concernant la guerre de 1914-1918. Ce n’est pas étonnant : la censure veillait, très stricte, et aucun document rendu public, hormis les communiqués gouvernementaux ou militaires, ne pouvait mentionner les opérations ou évoquer le moral de l’ « arrière », sans parler des pertes subies ; rien qui puisse renseigner l’ennemi. Donc, pendant toute la durée du conflit, on n’y trouve aucune mention des soldats Soiséens tués ou blessés. Cependant, à partir d’autres sources (*), nous leur rendrons hommage dans un prochain article.


Pendant plus de quatre ans la guerre mobilise tous les efforts du pays et absorbe toutes ses ressources ; mais une fois le conflit terminé, Soisy, comme bien d’autres communes, renoue avec le progrès technique.

L’électrification :

En Mai 1923, la commune décide de concéder l’exploitation de l’énergie électrique sur son territoire à la « société coopérative agricole d’électricité du canton de la Ferté-Alais et limitrophes ». Une loi de 1920 avait permis la création des SICA (Société coopérative d’Intérêt Collectif Agricole) ; les SICAE étaient des SICA pour l’Electricité. Cette décision fut prise « vue les services incontestables que peuvent en attendre tous les habitants et les exploitations agricoles ». En Septembre de la même année, le conseil accepte le devis présenté par le concessionnaire pour installer « l’éclairage électrique municipal » dans les rues de Soisy ; 15 « lampes » seront installées (170 Francs par lampe, plus un forfait de 350 Francs pour « amener le courant à l’interrupteur communal »). En outre, la commune décide de prendre des parts dans le concessionnaire.


Deux mois après, le conseil vote l’installation de l’éclairage électrique dans les bâtiments communaux (1200 Francs). Il sera décidé par la suite que l’instituteur et l’institutrice, qui logent l’un dans l’école de garçons, l’autre dans l’école de filles, rembourseront à la commune la moitié des consommations relevées, en contrepartie de leur consommation personnelle.

En Avril 1924, on estime (et on approuve) à 900 francs par an le coût de fonctionnement de l’éclairage municipal.

La SICAE décide une augmentation de capital pour accélérer l’électrification. Les communes vont y souscrire au prorata de leur nombre d’habitants. Pour cela, le conseil municipal de Soisy décide en Juin 1924 d’un emprunt de 23000 Francs sur 30 ans, qui sera remboursé grâce à une imposition extraordinaire de même durée. En outre, la commune garantit à hauteur de 13100 Francs un emprunt de 222000 Francs souscrit par la SICAE. Peu après, en 1927, le conseil municipal accepte que Soisy contribue à financer l’installation de l’électricité à la caserne de gendarmerie de Milly. En 1929, Soisy se plaint de l’éclairage de la gare, jugé insuffisant, auprès de la compagnie qui exploite le « Tacot » ; la commune demande à cette compagnie d’y installer un éclairage électrique. Ce sera fait en 1931, avec une participation de la commune.

Plus tard, en 1939, le conseil votera l’électrification des « écarts » (fermes ou hameaux isolés).


L’adduction d’eau :

En Juin 1931, le conseil déclare que « la commune met l’alimentation en eau potable en première ligne de ses préoccupations ». Il est vrai que l’électrification du village est alors chose faite. La décision d’engager des études pour un réseau de distribution d’eau est prise, mais de justesse : 5 voix pour, 4 voix contre, 1 abstention…L’opposition ne désarme pas et au printemps 1932, une pétition contre le projet circule dans le village : six conseillers municipaux la signent !

La séance du conseil de Mai 1932 est à cet égard historique : le Maire qui a dû, à regret, suspendre l’établissement des plans définitifs, prononce un vibrant plaidoyer en faveur du projet : il fait valoir qu’à ce jour, des projets d’adduction d’eau sont en cours à Maisse, Orveau, la Ferté-Alais, Cély, Perthes, Saint Fargeau ; que d’autres sont prévus à Bouville, Ballancourt, Mennecy…. Il souligne les conditions extrêmement favorables de financement : pour Soisy, le projet coûterait environ 600 000 Francs, et pourrait obtenir des subventions très importantes. Il cite l’exemple de Videlles, qui pour un projet de 650 000 Francs, n’a dû emprunter que 107 000 Francs. Il fait valoir que Soisy pourrait obtenir du Pari-Mutuel une subvention de 72 % soit 432 000 Francs, et que le Département pourrait accorder une subvention de 62 000 Francs. La subvention du Pari-Mutuel pourrait étonner : le Maire évoquait sans doute une loi de 1923, qui instaurait un prélèvement sur les jeux de hasard afin de participer au financement de la prophylaxie sociale et de la santé publique.

Il ne resterait donc à financer que 106 000 Francs, pour lesquels la commune pourrait obtenir un prêt sur 25 ans au taux de 1,50% par an grâce à la loi du 28 Décembre 1931, dite « loi d’Outillage National » ; cela représenterait pour la commune des annuités de l’ordre de 4500 Francs seulement, largement absorbables par le budget communal (qui était alors d’environ 65000 Francs), compte tenu en outre de l’extinction des emprunts anciennement contractés pour la mairie, l’école et le bureau de Poste.

Ce jour-là, le Maire souligne enfin que la commune pourrait tirer bénéfice de la vente de l’eau, qui reviendrait à 0, 70 Franc par m3 et pourrait être facturée 1,50 Franc…Il insiste : « Qui donc consentirait à pomper à la main ou à tirer du puits 4 pièces ½ d’eau pour 1,50 Franc ? » (La mesure usuelle de l’eau puisée était donc la « pièce », qui représentait environ 225 litres, capacité analogue à celle des « pièces » de vin, barriques ou futailles, de 228 litres en Bourgogne, 225 dans le Bordelais).

Le projet prévoyait d’établir quelques bornes-fontaines et une douzaine de bouches d’incendie. Dans ce but, un système de pompage automatique fournirait 12 m3 par heure, et remplirait un réservoir de 120 m3, toujours plein, ce qui aurait amélioré la sécurité. Le Maire fait enfin valoir que si le projet était abandonné, il faudrait alors, pour des raisons d’hygiène, refaire plusieurs puits ou en créer d’autres - et sans subvention. Par exemple, à l’école des filles, le puits était situé à 4 mètres seulement de la fosse des « cabinets » ! Malgré tous ces arguments, l’adduction d’eau fut rejetée par 6 voix contre 4. Il faudra attendre 11 ans, en 1943, pour que Soisy, sous l’Occupation, s’en préoccupe à nouveau...

Le même état d’esprit se retrouve dans une autre affaire : En Décembre 1934, le Maire expose au conseil qu’il souhaite que la commune achète, par sécurité, une moto-pompe pour les pompiers. Les opposants demandent un vote à bulletins secrets. Le Maire refuse et exige un vote à main levée, pour que chacun soit face à ses responsabilités. L’achat est repoussé : 5 voix « pour » seulement sur 11 votants, et ces 5 conseillers déposent alors sur le champ une motion pour dégager leur responsabilité personnelle des conséquences de ce vote.
Ces conflits laissent des traces, et aux élections de 1935, le Maire change.

 
Transports :


On continue à améliorer les chaussées ; par exemple, en Avril 1924, on décide de continuer à paver la rue des Fourneaux ;
En Juin 1924, le préfet met en demeure la commune de consacrer 12000 Francs par an à l’entretien des chemins…en 1931, on achète 120 m3 de cailloux siliceux pour l’entretien des routes, à 80 Francs par m3.
En 1932 on achète et on pose deux panneaux pour limiter la vitesse des automobiles et motocyclettes, et en 1935, on décide de règlementer le stationnement des véhicules dans les rues du village. C’est le progrès….

Les bâtiments publics continuent à coûter cher : en 1933 la remise en état de l’école de filles est devenue indispensable : on vote un emprunt de 49400 Francs pour les travaux correspondants. La même année on entreprend des travaux sur l’église : ouverture de baies, démolition de l’autel ancien.

Lorsque Soisy avait obtenu l’ouverture d’un bureau de Poste, en 1903, la commune s’était engagée à mettre gratuitement à disposition pendant 18 ans le local nécessaire (l’ancien presbytère, inutilisé). A partir de Septembre 1921, ce local est désormais loué à l’administration des Postes, pour 700 Francs par an. En contrepartie, la commune accepte de repeindre le bureau de poste. En 1934 le conseil proroge de 9 ans le bail (1750 Francs par an : on voit l’inflation), mais, l’année suivante, consacre 13000 Francs à la remise en état des locaux.

La gestion des communes devient plus complexe...


En Juin 1925, la commune décide de s’adjoindre en permanence les services d’un architecte d’Essonne, qui établira tous les devis pour les travaux envisagés et vérifiera les mémoires des entrepreneurs.


La notion de responsabilité civile de la commune et de son exécutif devient plus présente : en Juin 1925, pour la première fois de son histoire, la commune décide de prendre une assurance en responsabilité civile à hauteur de 20000 Francs par sinistre et 10000 Francs par victime ; et en 1928, elle prend une assurance pour ses pompiers, afin de couvrir les risques lorsqu’ils sont en service. Cette assurance couvrira les dommages causés aux tiers, à hauteur de 100000 Francs par sinistre et 50000 Francs par victime. Elle couvrira aussi les pompiers eux-mêmes, auxquels elle assurera le cas échéant une indemnité journalière de 20 Francs.


Claude Alard, conseiller municipal

(*) A ce jour, nous manquons d’informations sur les liens exacts avec Soisy des soldats suivants : HULOT Marie, LION Emile, PETIT Henri, LARIVIERE Léon, dont les noms figurent sur le Monument aux Morts, ainsi que sur : P. GUIGNARD, et A. LACOMBE, dont les noms ne figurent pas sur le Monument aux Morts mais sont inscrits sur une plaque murale dans l’église. Nous remercions par avance toutes les personnes qui pourraient nous apporter des renseignements à leur sujet.