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La vie quotidienne, pendant la guerre et après.

Pendant la guerre : nous avons déjà mentionné que les archives du conseil municipal contiennent extrêmement peu d’allusions à la guerre de 1914-1918.

On  en  trouve  cependant  quelques  unes,  très  rares  :  le  10  Août 1914, on mentionne les difficultés rencontrées pour la fin des moissons et battages, faute de bras, et on demande l’affectation  d’un  chômeur  pour  remplacer  le  boulanger mobilisé. Ensuite, il y a des actes de solidarité, et les différentes mesures, lois, décrets, dont le conseil va assurer l’application. C’est ainsi qu’en Décembre 1914 on vote 100 Francs pour le Comité Franco-Belge, afin de venir en aide aux réfugiés Belges qui ont fui leur pays envahi, et, en Décembre 1915, 60 Francs pour la « journée du Poilu ».

Le 20 Février 1916 - veille du début de la bataille de Verdun - on  vote  100  Francs  pour  devenir « membre bienfaiteur de la section d’Etampes de la Fédération Nationale des Mutilés des armées de terre et de mer » ; en 1917, 50 Francs pour la journée des soldats tuberculeux.

Les communes, comme de nombreux particuliers, souscrivent aux Emprunts de la Défense Nationale ; selon le vocabulaire de l’époque, on « achète une rente » en versant à l’emprunt le  capital correspondant,  de  l’ordre  de  1000  Francs  par exemple pour une rente annuelle de 50 Francs. La commune souscrit ainsi au deuxième emprunt (Octobre 1916), puis au troisième (Décembre 1917). Les particuliers sont aussi incités à  changer  les  pièces  d’or  de  leurs  économies  contre  des billets de banque, car l’or est nécessaire au pays pour acheter à l’étranger  matières  premières  et produits  stratégiques ; beaucoup le font, même modestes, espérant ainsi contribuer à la victoire et aider ceux des leurs qui sont au front.

En  Novembre  1918,  à  la  veille  de  l’armistice,  on  vote  50 Francs  pour  aider  les  agriculteurs des régions  dévastées  à reconstituer leur matériel. Différentes mesures avaient été prises pour adapter l’économie  au  temps  de  guerre  :  la  loi  du  6  Octobre  1916 portait sur la mise en culture des terres  abandonnées et l’organisation du travail agricole. A ce titre, la commune demande en Mars 1917 au « Service de ravitaillement » de lui attribuer 150 quintaux de semences de pommes de terre, livrables en gare de Ponthiery, et s’engage à les rembourser après la récolte, en Décembre suivant, soit en nature, soit en numéraire.

Une loi d’Août 1917 encadrait la résiliation des baux ruraux par suite de la guerre : le conseil municipal met en place une « Commission de conciliation ». Une autre loi concerne la « modification des baux à loyers du fait de l’état de guerre », là encore une commission arbitrale est mise en place en Avril 1918. Une autre commission encore est créée en Septembre 1917, chargée de la répartition des réquisitions pour le ravitaillement de l’armée.  

Plusieurs conseillers municipaux sont aux armées, et il faut malgré tout continuer à gérer la commune: budget, routes et  chemins,  personnel  communal,  bâtiments  communaux, service médical gratuit (6 personnes en 1920) et secours pour les plus pauvres... La guerre a empêché le fonctionnement normal des institutions : aucune élection n’a eu lieu pendant sa durée. Il n’y aura d’élections municipales qu’à fin1919.

L’inflation :

La guerre avait entraîné des pertes humaines et  matérielles  considérables,  sans  parler des  dépenses militaires. Charles Reibel, ministre français des Régions Libérées de 1922 à 1924, indiqua dans un rapport (1) que la France avait à reconstruire 280 000 maisons et 4000 établissements industriels, à réparer 420 000 maisons, 54 000 km de routes et chemins, 1100 km de voies navigables, et devait remettre en valeur 3 340 000 hectares de terres de culture (l’équivalent de 6 départements). Selon ce rapport, les coûts liés à l’effort de  reconstruction, et les pensions à verser aux victimes de la guerre, étaient estimés à plus de 200 milliards de francs. A titre de comparaison, le PIB de la France avant 1914 était de l’ordre de 36 milliards de francs-or.

Certes, les traités de 1919 obligeaient les vaincus à « réparer » les dommages de toutes sortes causés aux vainqueurs. L’Allemagne devait notamment verser, sous diverses formes, 69 milliards de marks-or (2) à la France qui, de tous les alliés occidentaux, était de loin celui qui avait le plus souffert de pertes humaines et matérielles, la grande majorité des combats du front  Ouest s’étant déroulée sur son sol. L’Histoire des années 1920-1930 en décida autrement, et dans les  faits, l’Allemagne n’indemnisa peu à peu la France qu’à hauteur de 9,5 milliards de marks. Notre pays, pour l’essentiel, assuma donc seul, les  coûts gigantesques résultant de la guerre et de ses suites.

Le résultat était inévitable : en 1928, le gouvernement  se résigna à officialiser la dévaluation considérable du franc, qui perdait 80% par rapport à sa valeur de 1914. La guerre avait donc eu raison du Franc Germinal (le « franc-or ») don la stabilité pendant un  siècle avait accompagné le développement  économique, et industriel du pays. 


Dès la fin de la guerre, les prix « flambent » donc, et le conseil municipal doit prendre des décisions ; en Septembre 1919, il accorde une  « indemnité de cherté de vie » (2,50 Francs par jour), au Secrétaire de Mairie et au Garde Champêtre (leurs traitements de base respectifs étaient alors de 800 et 1226 Francs par an). L’infl ation se constate aussi sur le tarif d’équivalence des « journées de prestation » (ces trois journées par an  que les habitants, avec les moyens dont disposaient  les  fermes,  devaient  consacrer  à  l’entretien des routes et chemins). En 1922, ces tarifs sont de 7,50 Francs pour une journée d’homme, et 12,75 Francs pour un cheval, soit environ 4 fois plus qu’en 1870. On voit d’ailleurs apparaître une restation nouvelle : celle de la journée  de  voiture  automobile,  estimée  à  7,50  francs, plus 4,80 Francs par cheval vapeur. Ces « prestations », que nous avons déjà évoquées, étaient une survivance archaïque des corvées de l’Ancien Régime ; en Avril 1927, le conseil décide de remplacer les prestations d’hommes par une taxe vicinale, mais maintient les prestations d’animaux et de véhicules.

L’argent manque : il existait une taxe annuelle pour la possession  de  chiens : elle variait de 1 à 4 Francs en 1855 ; en 1931, une loi vote un plafond pour cette taxe ; Soisy l’applique : 15 Francs pour les chiens de 1èrecatégorie (chiens d’agrément et chiens de chasse), et 5 Francs pour les chiens de 2ème catégorie (chiens de garde de troupeaux).

En 1935, on vote le principe d’une taxe de colportage qui s’appliquera aux colporteurs venant vendre sur la commune ; cette taxe, en 1938, sera fixée à 1 Franc par jour pour les colporteurs « en voiture » et à 0,50 Franc pour ceux qui portent leurs marchandises « à dos d’homme ».

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Le  conseil municipal est amené à s’intéresser à des sujets très divers.

En 1917, pour respecter une loi de 1916, la commune loue un local situé rue des Fourneaux : ce local devra être utilisé par les cultivateurs de la commune qui désirent distiller leur marc. En 1923, la commune, conformément à un arrêté préfectoral de Décembre 1922, désigne un représentant pour contrôler de façon permanente les viandes dans la « tuerie » (c’est-à-dire les  abattoirs « privés ») sur son territoire : ce sera le garde champêtre, qui estampillera les viandes de bonne qualité. Une taxe de 2 centimes par kilogramme de viande abattue sera prélevée, pour rémunérer le vétérinaire inspecteur et son auxiliaire.

En Janvier 1921, la commune achète un corbillard d’occasion, pour 1500 Francs. En 1923, elle fixe les tarifs. La rémunération sera de 10 Francs par corps (puis 15 Francs à partir de 1927); le conducteur titulaire pourra utiliser le corbillard pour d’autres communes, mais il devra reverser une contrepartie à Soisy.

La vie scolaire :

Un arrêté ministériel de 1922 prévoyait que les communes pouvaient fixer librement chaque année la date de 6 journées des congés scolaires. A Soisy, on retiendra chaque année la semaine de Noël au Nouvel An. Le conseil demande, en 1936, la création d’une « classe enfantine », et prend l’engagement d’en assurer l’entretien pendant 10 ans, et de rétribuer la « femme de service ». En 1937, il vote une résolution contre la « gémination scolaire » (la mixité).

La santé :

En Février 1923, la commune décide d’accorder une indemnité de logement de 500 Francs par an au nouveau docteur : celui-ci a fait valoir qu’il a des « frais généraux trop élevés pour une petite clientèle », et le conseil a considéré que « la présence d’un docteur habitant dans la commune offre des avantages incontestables ».

En Avril 1927, le docteur adresse au Maire une lettre pour se plaindre des « procédés déloyaux de certains habitants »à son égard. Le conseil émet un vote de sympathie pour le docteur, « flétrit les procédés déloyaux », assure le docteur de « son appui moral dans la défense de ses intérêts » et lui affirme son désir de le voir rester dans la commune.

Il n’y avait alors pas de pharmacie à Soisy, et les pharmacies des bourgs voisins avaient l’habitude de faire procéder par leurs employés à des « tournées » dans les campagnes et villages, en avertissant à coups de klaxon les habitants, qui pouvaient alors commander ou acheter des médicaments. Or, une loi de Septembre 1936 vient à supprimer ces facilités. Le Syndicat de défense des pharmaciens proteste, et les communes rurales, dont Soisy, s’associent à ces protestations.

Un an plus tard, le conseil « approuve l’action du Syndicat Médical de Seine et Oise pour lutter contre la paperasserie excessive qui est imposée aux médecins » (déjà...). En même temps, le conseil proteste contre la charge d’Assistance restant aux communes selon  les départements, le solde étant à charge de l’Etat : les communes de Seine et Oise doivent prendre à charge 54%, alors que celles des Landes, par exemple, n’en prennent que 18%.
 
De nouveaux  dispositifs de solidarité se sont ajoutés, depuis le début du 20ème siècle, à ceux que nous avons évoqués dans les articles précédents. Selon les ressources des familles, le conseil, en application de nouvelles lois, détermine et attribue des allocations aux familles nombreuses (de 5 à 7,50 Francs par mois), des aides à domiciles (15 Francs par mois, par exemple, pour une veuve de plus de 70 ans), l’assistance aux femmes en couches (1 Franc par jour, loi de 1913 et loi de 1917). En 1922, le conseil vote diverses « assistance(s) obligatoire(s) aux vieillards infirmes et incurables », pour un total mensuel de 15 francs. 

Claude Alard, conseiller municipal


(1) Voir le site « les-crises.fr »
(2) L’Allemagne devant assurer le règlement de la quasi totalité des dommages de guerre, ceux-ci furent exprimés en marks-or. En 1914, 1 mark-or valait 1,23 franc-or. Nous renouvelons l’appel lancé précédemment : nous manquons d’informations sur les liens exacts avec Soisy des soldats suivants, morts pour la France en 1914-1918 :
HULOT Marie, LION Emile, PETIT Henri, LARIVIERE Léon, dont les noms figurent sur le Monument aux Morts, ainsi que sur : P. GUIGNARD, et A. LACOMBE, dont les noms sont inscrits sur une plaque dans l’église. Merci par avance à toutes les personnes qui pourraient nous renseigner à leur sujet.